Cet été-là, j’allai en vacances en Irlande… Et là-bas, dans la calme beauté de ses paysages grandioses, dans la grisaille et la brume de ses landes noires, inattendu et inespéré, « l’épisode irlandais » tomba sur moi comme la foudre…
Je le nommai ainsi longtemps après… Je l’attendais si peu, je le vécus avec tant de force que, d’un seul coup, il libéra avec violence toutes les émotions, tous les désirs, toutes les frustrations entassés depuis des années quelque part en moi, loin, très loin, en couches superposées pour mieux les oublier…
Ce fut le révélateur inattendu du mal de vivre qui m’accompagnait depuis longtemps et que, depuis longtemps, je feignais d’ignorer. Depuis des années j’essayais de vivre (vivre ?) sans réfléchir, me disant : « De toutes façons, puisqu’il faut bien continuer comme ça ma fille, serre les dents, accroche-toi coûte que coûte… », et j’avais vécu toutes ces années au jour le jour, en souriant, avec la fierté, la dignité des gens malheureux qui essaient toujours de sauver la face, quoi qu’il leur en coûte. Faire semblant m’aidait à vivre, du moins je le croyais, et j’entassais depuis des années les coups de la maladie, leurs contre-coups sur ma vie familiale et le reste, et je n’en pouvais plus mais je l’ignorais encore…
J’aurais pu le deviner pourtant, si j’avais voulu chercher la raison de ces noires journées, pleines de cafard et de larmes, qui me submergeaient périodiquement et me vidaient de mon énergie… Il ne manquait pas de causes apparentes mais sans doute la savais-je bien déjà, tout au fond de moi, la vraie raison de ce froid qui m’envahissait parfois, de ce manque aigu que je ressentais alors dans mon corps, dans mon cœur et qui me donnait envie de hurler.
Mais comment le dire sans me sentir humiliée ? À qui le dire quand on n’a plus personne dans sa vie ? À qui me confier sans détruire l’image derrière laquelle je me cache ? Je n’avais jamais aimé parler de moi, jamais eu de conversations intimes avec mes amies, même les plus proches. Comment les quelques amies fidèles qui me restaient auraient-elles pu deviner la profonde solitude de femme que je cachais derrière mon sourire, je la cachais si bien…
Alors je continuais à vivre (vivre ?), parce qu’il le fallait bien, parce que je suis une lutteuse, que j’aime la vie malgré tout ce qu’elle ne m’a pas apporté et que je suis toujours prête à en grappiller quelques miettes et à m’en nourrir.
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Michèle Mirroir en présence sur CmonMetier : ici